Potentiel médical des phytocannabinoïdes (PCB)

Le chanvre ( Cannabis sativa L. ) contient plus de 200 principes actifs (cannabinoïdes, terpènes, flavonoïdes) qui interagissent sur l’organisme, via le système endocannabinoïde et de nombreux autres systèmes de neuro-transmission.

Les propriétés médicinales du chanvre ont été négligées pendant de nombreuses années alors que nous disposions pourtant d’archives historiques fournies sur l’usage médical de la plante.
Alors que le Tétrahydrocannabinol (THC) est étudié depuis sa découverte en 1964, le cannabidiol (CBD) pourtant identifié à la même époque et les autres cannabinoïdes intéressent seulement les chercheurs depuis une décennie.
Ce regain d’intérêt de la part des scientifiques est sans nul doute consécutif à la découverte du système endocannabinoïde.
Ce système original fonctionne de manière très ciblée et il est présent dans tous les tissus de l’organisme (os, muscles, organes…) et pas uniquement dans le cerveau, ce qui ouvre la voie à une nouvelle classe médicamenteuse aux indications multiples.
Le champ d’application des PCB et des dérivés de synthèse est actuellement en train de s’étendre considérablement.
Les chercheurs ont observé des actions pharmacologiques spécifiques à certains cannabinoïdes et d’autres communes à l’ensemble des cannabinoïdes, à des degrés divers: c’est le cas par exemple de leur pouvoir antioxydant et neuroprotecteur qui suscite des attentes légitimes dans le cadre des maladies neurodégénératives , au vu des premiers résultats expérimentaux, comme dans la maladie d’Alzheimer par exemple (inhibition de l’acétylcholine estérase par le THC et régression des plaques béta-amyloïdes in vitro) ou dans la maladie de Parkinson.
C’est également le cas de leur pouvoir antibiotique (CBD bactéricide sur des souches S.A.M.R.), antifongique, analgésique ou anti-inflammatoire.

A l’exception du THC, ces molécules sont donc encore peu étudiées sur le plan clinique mais nous disposons en revanche de très nombreuses études précliniques (études expérimentales in vitro et chez l’animal).
Une méta-analyse exhaustive destinée aux professionnels de santé du Canada fait notamment le point sur la question en passant au crible mille études précliniques et cliniques sur les exo cannabinoïdes (cannabinoïdes végétaux et synthétiques).
Ces résultats laissent entrevoir de nombreuses indications thérapeutiques examinées dans plusieurs revues, telles que l’inflammation, la douleur, les réactions auto-immunes, les vomissements, l’anorexie, l’ostéoporose mais aussi l’obésité, la psychose, l’anxiété, l’épilepsie, les troubles du sommeil, l’ischémie cérébrale et myocardiaque, le diabète de type 1, la fibrose hépatique, les maladies neurodégénératives et le cancer.
Les premières études faites sur le cannabidiol (CBD) suggèrent un spectre d’action plus large que celui du THC, des effets secondaires moindres (non psychoactif), et une efficacité supérieure aux thérapeutiques disponibles dans plusieurs indications, comme la fibromyalgie ou le syndrome de Dravet.
Le potentiel thérapeutique du CBD pourrait donc s’avérer bien supérieur à celui du THC.

Les études cliniques sur le chanvre et les phytocannabinoïdes

Le niveau de connaissances dans les différents domaines d’utilisation médicale des cannabinoïdes est très hétérogène mais les études commencent néanmoins à s’accumuler.
En 2012, plus d’une centaine d’essais cliniques contrôlés, effectués dans le cadre de recherches par des institutions gouvernementales ou scientifiques (Comité des Sciences de la Chambre des Lords Britannique, Institut de Médecine des États-Unis par exemple) sont référencés sur le site de l’IACM, association ouverte exclusivement aux médecins et chercheurs.
Ces études cliniques portent principalement sur le THC et dans une moindre mesure sur le CBD ou les 2 principes actifs en combinaison dans les études récentes.
L’établissement de comparaisons directes entre le chanvre et les cannabinoïdes isolés devrait forcément tenir compte des différences éventuelles quant aux voies d’administration, à la posologie, ainsi qu’aux diverses propriétés pharmacologiques de ces différentes substances.
En effet, les résultats des études avec le produit complet mettent en évidence un effet d’entourage
synergique, lié aux autres cannabinoïdes, terpènes et flavonoïdes, qui améliore la tolérance et bien souvent l’efficacité du THC (dronabinol).
De manière générale, les découvertes scientifiques sur les propriétés isolées des cannabinoïdes ne reflètent pas le potentiel thérapeutique global du cannabis pour une maladie donnée. Ce dernier montre en effet souvent de bons résultats dans le traitement des maladies chroniques poly-symptomatiques (inflammatoires, dégénératives, néoplasiques, auto-immunes) comportant une composante psycho-sociale, avec une amélioration objective et surtout
subjective des symptômes et de la qualité de vie. Les effets psychotropes semblent moins gênants dans ces différentes pathologies chroniques car ils peuvent être considérés par certains patients comme bénéfiques sur le plan psychologique. Par exemple, dans la sclérose en plaques, le cannabis peut réduire la spasticité, la douleur, l’asthénie, les troubles vésico-sphinctériens, la dépression et stimuler l’appétit.

Les indications reconnues :

Les études scientifiques mettent en évidence de fortes preuves de l’efficacité thérapeutique du chanvre et du THC, basées sur de nombreuses études cliniques randomisées en double aveugle, concernant les douleurs chroniques neuropathiques, notamment dans la sclérose en plaques, l’infection V.I.H., le cancer, les névralgies ou les traumatismes médullaires.
Un effet d’épargne en opiacés est clairement observé dans la plupart des études.
L’efficacité du THC est également reconnue dans la lutte contre la spasticité (SEP, traumatisme médullaire), l es
nausées et vomissements induits par le cancer ou la chimiothérapie, notamment les vomissements anticipatoires, le manque d’appétence (cachexie liée au cancer ou à une infection VIH).
A l’exception de quelques études récentes, la puissance des essais cliniques sur le chanvre ou le THC est souvent limitée par la taille de l’échantillon, la durée de l’étude, la présence de sujets non naifs (simple aveugle de facto), d’autant que les résultats observés sont souvent modestes et comparables aux médicaments déjà disponibles.
Aux Pays-Bas et au Canada, où l’on dispose d’une filière médicale distincte depuis plus de 10 ans, les indications médicales officielles font essentiellement référence aux monographies des cannabinoïdes mis sur le marché (essais cliniques de phase 3 et 4).
En attendant les résultats de la première revue critique de l’Organisation Mondiale de la Santé sur le sujet prévu pour 2019, ces recommandations officielles pourraient résumer le consensus international actuel sur les indications médicales du chanvre :

● Crampes et spasmes musculaires provoqués par la sclérose en plaques ou les atteintes
de la moelle épinière (THC et CBD)
● Nausées, perte d’appétit, perte de poids et faiblesse dues au cancer et au SIDA
● Nausées et vomissements provoqués par la médication, la chimiothérapie ou la
radiothérapie en cas de cancer, hépatite C, VIH/SIDA
● Douleurs chroniques, particulièrement en rapport avec le système nerveux ou
provoquées par une détérioration des nerfs
● Glaucome résistant à une thérapie
● Syndrome de Gilles de la Tourette (THC).

Les indications probantes :

Concernant les autres indications des cannabinoïdes décrites dans la littérature, il y a beaucoup moins d’études cliniques disponibles et celles-ci comportent les écueils énoncés précédemment.
Au vu des études cliniques en 2016, certaines indications sont très probantes et mériteraient d’être validées rapidement par des études cliniques multicentriques robustes :

● les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (Crohn, colite ulcéreuse)
● les troubles du sommeil associée à la douleur chronique
● les migraines (CBN, CBC)
● la fibromyalgie (CBD pur),
● L’épilepsie (CBD, THCV et CBDV) dont les syndromes de Dravet et de Lenox Gastaut
(CBD)
● la schizophrénie (CBD pur à haute dose),

D’autres propriétés du THC sont suggérées par des études cliniques anciennes, comme la bronchodilatation ou la réduction de la pression oculaire. Le THC pourrait ainsi être indiqué dans l’asthme, par vaporisation ou nébulisation, ou dans le glaucome à angle ouvert, par collyre, mais sa durée d’action est courte et nécessite des prises régulières pouvant entraîner des effets psychotropes indésirables.
L’usage compassionnel est autorisé dans de nombreuses indications, malgré l’insuffisance d’études cliniques disponibles, dans certains pays comme l’Italie, l’Allemagne, la Finlande ou le Canada.

 
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